San Pedro de Atacama et la machine à fabriquer les nuages

Imaginez un instant. Dans un même séjour. Flotter dans une lagune de sel. Voir de l’eau bouillante jaillir du sol. Vous baigner à plus de 4000m d’altitude. Créer un vrai embouteillage (toujours à 4000m d’altitude) à 5h du matin. Rater une excursion au Chili car vous ne savez pas régler votre réveil. Voir plus de sels qu’il n’y en a dans votre cuisine (gros sel compris). Marcher dans le désert le plus aride du monde.

Bienvenue à San Pedro de Atacama (bien rouler sur les « rrr » en le prononçant svp).

En route pour le nord du Chili ! Aprés l’avoir traversé mi-janvier pour le long périple en bus vers Coyhaique, me revoilà dans le désert d’Atacama, en compagnie de Marine pour ce séjour désertique et salé. Direction San Pedro d’Atacama, petit bourg à 17h en bus de Santiago, non loin de la frontière bolivienne, en plein milieu de rien.

A San Pedro, vous avez deux seules solutions : soit vous êtes l’arrosé, soit vous êtes l’arroseur. C’est à dire que si vous n’êtes pas le touriste, vous êtes forcèment la personne qui fera payer le touriste (agence, hotels, restaurant, boutique souvenirs …). Comprenez donc que cette ville est ultra touristique. A chaque coin de rue, quelqu’un essayera de vous alpaguer vers les nombreuses offres de tours disponibles. D’un côté vous n’avez pas trop le choix. A part louer un 4×4 et allez vers les sites par vous mêmes, avec une bonne carte de la région, et un porte-monnaie plus que rempli.

N’hésitez pas à négocier le prix de vos tours.

Nous choisirons pour notre part, 4 tours. Les principaux. Les lagunes salées de Cejar. La vallée de la Lune et la vallée de la Mort. Les geysers de Tatio. Et les lacs de l’Altiplano.

Cejar. Les lagunes salées. « Prenez votre maillot » nous souligne l’agence. Hein ? Quoi ? Comment ? On va se baigner ? Surprenant. Vous flottez. Vous qui n’êtes jamais arrivé à faire la planche dans votre piscine gonflable hors-sol Castorama, cette fois, vous êtes un dieu. Et même pas besoin d’abdo pour cela. Vous ne buvez même pas la tasse. De toute façon, il faut éviter. Si vous buvez, ne serait ce qu’une gorgée de cette eau hyper salée, c’est la rétention d’eau assurée pour la fin de votre vie. Ne pensez pas non plus ouvrir les yeux sous l’eau. Vous sortez de l’eau. Vous séchez. Des traces blanches commencent à apparaître sur votre corps. Votre maillot de bain se durcit et blanchit petit à petit. Vous êtes imbibés de sel. Parfait. Vous n’aviez pas de sel pour vos pâtes de ce soir. Vous êtes une salière vivante.

La vallée de la Lune et de la Mort. Il faut noter que ces 2 vallées ont été découvertes par un belge. Et que celui-ci les avait nommé « vallée de la Lune et vallée de Mars ». « Mars » la planète, en espagnol se trduit en « Marte ». Le problème, est que le belge n’a pas su se faire comprendre assez bien. Et finalement, « Marte » s’est transformé après un malentendu, en « muerte ». Mort. D’où la vallée de la Mort aujourd’hui. C’était la minute anecdote de cet article.
A part ça, ces deux vallées, au paysage effectivement lunaire et martien, sont un mélange de grandes dunes de sable, de roches et de sels. Ce paysage a été taillé par les différents écoulements de laves des volcans aux alentours, par les tremblements de terre, par le vent et par le temps. Et le soleil y tape sacrément fort.

Les geysers de Tatio. Bon courage pour vous lever à 4h du matin. San Pedro se situe à environ 2200m d’altitude. Les geysers à 4200m. Vous avez donc 2 heures de montée en bus et un dénivelé de 2000m. Et vous n’êtes pas réveillés. Et là, alors que le bus arrive tout prés du but, celui-ci s’embourbe dans la boue. Vous êtes bloqués. Vous êtes presque à 4000m d’altitude. La lumière du jour pointe à peine son nez. La température avoisine les 5°C. Les volcans aux alentours lâchent leurs fumées de souffre matinales. Et une file de bus et 4×4 s’entassent derrière vous. C’est l’embouteillage. Beau panorama. Heureusement qu’au bout d’une heure, un bus de travailleurs boliviens passe dans le coin et sort de cette situation plutôt cocasse. Votre bus y perdra son pare-choc.

Vous arrivez quand même à temps pour admirer et s’émerveiller devant ces crachats d’eau bouillantes matinaux que sont les geysers. Une vaste plaine, d’où sort, ça et là, de la fumée. Vous êtes à 4200m d’altitude. Prés du ciel. Vous n’êtes pas au paradis. Vous venez juste de découvrir un grand secret que peu connaisse. La machine à fabriquer les nuages.
Vous croisez des trous où bouillonne de l’eau à plus de 100°C. Dommage. Si vous revenez, pensez à prendre un paquet de pâtes avec vous. Des pâtes au souffre, ça ne doit pas être si mauvais ?
Pour finir, vous enfilez votre plus beau maillot de bain. Et vous plongez dans une piscine d’eau chaude. Quel bonheur de nager ici, aussi haut. Entouré de sommets enneigés encore plus haut. Panorama magique et inédit. Vous sortez de l’eau. Vous puez le souffre.

Dernier jour. Les lacs de l’Altiplano. Cette excursion, vous auriez dû la faire l’avant veille. Avant celle des geysers. Pourquoi ? Car vous n’êtes pas foutu de régler comme il faut votre réveil. Finalement, nous réussirons à refaire cette excursion en faisant croire à l’agence que le bus n’est jamais passé nous prendre à l’hôtel. Pour le prix qu’on paye, il faut tenter. Et ça a marché. Rebelote. Une nouvelle fois, nous montons à prés de 4000m pour une ballade en bus dans l’Altiplano à la découverte des lagunes de Miniques et Miscanti. Avant cela, vous avez vu moultes flamants roses dans le salar d’Atacama à la lagune de Chaxa. Tout cela vous fait un sacré mélange de couleurs dans votre tête que vous n’imaginiez même pas.

 

Bon. Je n’ai pas trouvé de jeu de mots salé pour finir cet article. Désolé.